Jules César et l’organisation économique de l’Empire romain

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Jules César est sans aucun doute une des per­son­na­li­tés poli­tiques les plus connues de l’Antiquité. Fort de ses conquêtes mili­taires majeures en Europe et en Méditerranée, il est aussi por­teur d’une vision éco­no­mique qui per­met alors de mieux com­prendre le fonc­tion­ne­ment de la socié­té romaine.

Jules César est indé­nia­ble­ment un véri­table sym­bole his­to­rique. Symbole de la mon­tée en puis­sance mili­taire et de l’ex­pan­sion poli­tique de la République romaine au sein de l’es­pace géo­gra­phique euro­péen et médi­ter­ra­néen. Ce contexte de conquêtes s’ins­crit alors plei­ne­ment au cœur des évo­lu­tions et des nou­velles dyna­miques éco­no­miques, com­mer­ciales et démo­gra­phiques de Rome depuis le VIIIe siècle avant J.-C. 

Suite aux Guerres puniques (IIIe – IIe siècle av. J.-C.) qui per­mettent alors à la civi­li­sa­tion romaine de sup­plan­ter Carthage dans la domi­na­tion de la Méditerranée occi­den­tale, la Cité met en place une réelle poli­tique d’ex­ploi­ta­tion éco­no­mique. Ce nou­vel espace romain devient alors une zone de libre-échange, avec un déve­lop­pe­ment intense des routes mari­times, de la navi­ga­tion et d’une acti­vi­té com­mer­ciale intense (pro­duits agri­coles, vin, étoffes, épices, …), per­met­tant d’u­ni­fier l’en­semble de l’économie médi­ter­ra­néenne. Par ailleurs, l’aug­men­ta­tion des flux de métaux pré­cieux per­met à Rome de ren­for­cer son sys­tème moné­taire, faci­li­tant ainsi les dépenses mili­taires et donc l’é­lar­gis­se­ment de sa zone d’influence. 

Jules César naît donc au sein de ce contexte poli­tique, mili­taire et éco­no­mique favo­rable à la République romaine. Issu d’une riche famille patri­cienne, soit de l’é­lite de la Cité, il est éga­le­ment le témoin de pre­mier plan de vio­lentes luttes poli­tiques entre les Optimates, par­ti­sans d’une ligne conser­va­trice et favo­rable aux posi­tions des élites aris­to­cra­tiques et les Populares, favo­rables à une meilleure répar­ti­tion des richesses et à une réforme agraire au pro­fit des moins aisés et des “pro­vin­ciaux”. Ces troubles per­mettent alors de prendre conscience de la struc­ture pro­fon­dé­ment inéga­li­taire de la socié­té romaine de l’é­poque, notam­ment au niveau de la pro­prié­té des terres qui sont alors majo­ri­tai­re­ment déte­nues par de riches familles qui ont par­ti­ci­pé à l’ex­pan­sion mili­taire de la République. Les conquêtes et l’ex­ploi­ta­tion éco­no­mique des nou­veaux ter­ri­toires pro­fitent donc essen­tiel­le­ment à l’é­lite poli­tique et à l’aristocratie. 

Neveu de Caius Marius, chef de file des Populares, César doit alors s’exi­ler de la Cité suite à sa défaite contre les Optimates de Sylla. Cependant, il entame dès ‑74 av. J.-C. une véri­table ascen­sion poli­tique suite à son retour à Rome et sa nomi­na­tion en tant que Pontife (posi­tion cen­trale au sein des hié­rar­chies reli­gieuses publiques). 

Nommé ques­teur en ‑68 av. J.-C. (charges finan­cières), César assure sa popu­la­ri­té auprès de son élec­to­rat en s’en­tou­rant de riches finan­ciers et dona­teurs qui, à l’i­mage de Licinius Crassus (homme le plus riche de Rome) lui per­mettent de mul­ti­plier les dépenses et d’ac­qué­rir une véri­table popu­la­ri­té auprès du peuple. 

En ‑59 av. J.-C., Jules César est au som­met de sa gloire en accé­dant au titre de Consul, plus haute fonc­tion poli­tique de la République romaine, au tra­vers d’un trium­vi­rat aux côtés de Pompée et de Crassus. Cependant, ce fin stra­tège doit prin­ci­pa­le­ment sa renom­mée à ses exploits mili­taires, qui se sont prin­ci­pa­le­ment illus­trés durant la conquête de la Gaule. 

En lutte contre les Helvètes et les Germains qui dévastent les terres des Éduens et des Séquanes – tri­bus alors alliées à Rome -, César mobi­lise un impor­tant contin­gent mili­taire qui lui per­met, dès ‑56 av. J.-C., de prendre le contrôle de l’en­semble de la Gaule et d’ap­pa­raître sur­tout comme un chef de guerre incon­tes­table. Ainsi, fort de ses nou­velles conquêtes, le Consul va alors enta­mer une réelle poli­tique d’ex­ploi­ta­tion et de domi­na­tion éco­no­mique de l’en­semble du ter­ri­toire gaulois. 

Celles-ci passent en pre­mier lieu par l’as­ser­vis­se­ment d’une grande par­tie de la popu­la­tion, avec un nombre d’es­claves gau­lois com­pris entre 400 000 et 1 mil­lion d’in­di­vi­dus. L’esclavage per­met alors au conqué­rant d’en­clen­cher une dyna­mique d’en­ri­chis­se­ment romaine, mais sur­tout personnelle. 

Par ailleurs, César met en place une réelle réforme agraire au pro­fit de ses vété­rans en leur octroyant des terres, notam­ment dans le sud de la Gaule, qu’ils sont alors encou­ra­gés d’ex­ploi­ter en vue d’i­ni­tier un véri­table déve­lop­pe­ment éco­no­mique au sein de ces régions. Ainsi, un vrai com­merce com­mence à émer­ger entre l’en­semble de ces nou­velles “colo­nies” par­ti­ci­pant à l’en­ri­chis­se­ment de ces anciens sol­dats, mais aussi du Trésor romain. 

Cependant, Jules César met aussi en place une impor­tante réforme fis­cale qui touche les peuples récem­ment conquis. Ceux-ci sont donc sou­mis à dif­fé­rents impôts et taxes qui per­mettent de ren­flouer des caisses romaines mises sous pres­sion par l’ac­cé­lé­ra­tion des poli­tiques de conquête, alors que le peuple romain est exemp­té du paie­ment de toute forme de fis­ca­li­té depuis ‑167 av. J.-C. Les Gaulois res­tent néan­moins sou­mis à un niveau d’im­po­si­tion rela­ti­ve­ment modé­ré, alors que cer­taines cités sont exemp­tées du recou­vre­ment du “tri­but”. 

Cette rela­tive modé­ra­tion de la pres­sion fis­cale s’ins­crit alors dans un contexte au sein duquel Rome met en place dif­fé­rentes struc­tures ins­ti­tu­tion­nelles et logiques éco­no­miques per­met­tant de ren­for­cer le poids déci­sion­nel des classes labo­rieuses et des pro­vin­ciaux. Ces lois s’inscrivent dans la vision césa­rienne qui n’est pas uni­que­ment de conqué­rir mais qui s’ap­puie sur la volon­té de fidé­li­ser les pro­vinces et ses popu­la­tions et de créer une véri­table rela­tion avec elles.

Jules César, stra­tège et homme poli­tique ambi­tieux s’a­vère donc être un véri­table pen­seur de l’é­co­no­mie antique où la ques­tion de la pru­dence et de la modé­ra­tion per­met d’as­su­rer un contrôle des ter­ri­toires et des peuples qui ne reposent pas sim­ple­ment sur la sou­mis­sion et la supé­rio­ri­té mili­taire. La réforme fis­cale, une des plus grandes avan­cées éco­no­miques mis en place sous l’ère de César, consti­tue alors la clé de voûte de la pax roma­na. Pacifier les ter­ri­toires, impo­ser une auto­ri­té conci­liante ayant à cœur le déve­lop­pe­ment éco­no­mique des régions appa­raissent donc à ses yeux comme les garants d’un véri­table déve­lop­pe­ment éco­no­mique et com­mer­cial de long terme. César appa­raît comme un pré­cur­seur, un vision­naire dont les posi­tions seront par la suite plei­ne­ment concré­ti­sées sous Auguste et l’Empire. 

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