Le Réalisme (XIXème)

Temps de lec­ture : 5 minutes

Au sens pre­mier, on appelle réa­listes les ouvrages qui tentent de repro­duire les mul­tiples facettes de la réa­li­té et ce , à toutes les époques ; Ainsi, on oppo­se­ra des ouvrages dont les fic­tions peuvent sem­bler vraies, aux ouvrages dont les his­toires paraissent irréelles comme les contes de fées ou les récits de science-fiction ; on peut ainsi dire d’un film qu’il est réa­liste si la camé­ra montre de nom­breux détails, si les per­son­nages ne sont pas embel­lis et si les situa­tions res­semblent à des situa­tions vécues, qui peuvent se pro­duire dans la vie. Mais ce sens large du mot réa­lisme est com­plé­té par un autre sens , plus res­treint : celui de mou­ve­ment réa­liste artistique.

On nomme Réalisme le mou­ve­ment lit­té­raire qui s’op­pose au Romantisme à par­tir des années 1830 et se pour­suit jus­qu’à nos jours. Ce mou­ve­ment est un héri­tage de l’es­prit des Lumières du dix-huitième siècle , ces hommes qui croyaient au Progrès, notam­ment grâce aux décou­vertes scien­ti­fiques. Ce mou­ve­ment est né du posi­ti­visme d’Auguste Comte et il se fixe comme objec­tif de décrire objec­ti­ve­ment les faits et d’expli­quer leurs causes afin d’é­du­quer leurs lec­teurs. Ainsi, les écri­vains dits réa­listes veulent s’en tenir aux faits pré­cis et à leur des­crip­tion : ils étu­dient les hommes en se basant sur leurs com­por­te­ments et leur appar­te­nance à un milieu social car ils pensent que l’in­fluence du milieu dans lequel on vit ‚est déter­mi­nante pour expli­quer noter évo­lu­tion ; On nomme cette théo­rie le déter­mi­nisme. Ils tentent de limi­ter la sub­jec­ti­vi­té dans leurs romans et d’ex­plo­rer tous les milieux de vie, tous les petits détails qui donnent une dimen­sion réa­liste aux romans.
Contrairement au Romantisme ou au Naturalisme le Réalisme ne s’est pas consti­tué comme une école lit­té­raire et même Flaubert, son sup­po­sé chef de file, Balzac ou Stendhal ne se consi­dé­raient pas comme réa­listes même si on les dit ini­tia­teurs du mouvement.
À la dif­fé­rence du Romantisme, le Réalisme ne cherche pas à magni­fier le monde, à le mon­trer sous son meilleur jour, à en dévoi­ler la beau­té cachée. Les écri­vains et les peintres réa­listes cherchent au contraire à rendre compte du réel le plus objec­ti­ve­ment pos­sible, sans en cacher les lai­deurs, sans en exa­gé­rer les beau­tés. Il s’agit de mon­trer les choses telles qu’elles sont, ni plus, ni moins. C’est un phé­no­mène nou­veau en lit­té­ra­ture et en pein­ture : aupa­ra­vant, les artistes s’ingéniaient à glo­ri­fier leur sujet ou à en faire une vio­lente cri­tique. Pour les Réalistes, l’art doit ser­vir à four­nir un témoi­gnage sur leur époque.
De ce fait, il faut tout mon­trer quand on est un écri­vain réa­liste, y com­pris ce qui est laid, écoeu­rant, révol­tant ou ridi­cule. Jusque-là, l’Art n’abordait pas les sujets de ce genre, ou de manière voi­lée et élé­gante. Seuls les héros et les per­son­nages nobles ou appar­te­nant à l’élite de la socié­té y appa­rais­saient. Avec le Réalisme, la lit­té­ra­ture s’ouvre à d’autres classes sociales : les pay­sans, les ouvriers, les com­mer­çants, les petits bour­geois. Avec ces nou­veaux per­son­nages appa­raissent aussi les tra­vers de la condi­tion humaine : la jalou­sie, l’alcoolisme, la pros­ti­tu­tion, la misère, la mani­pu­la­tion, etc. Le genre réa­liste a donc bou­le­ver­sé la lit­té­ra­ture en la fai­sant sor­tir du domaine de l’idéal. Elle devient un « miroir de la socié­té », dans toute sa com­plexi­té et sa diversité.

Ainsi, les roman­ciers réa­listes pri­vi­lé­gient les thèmes qui leur per­mettent de faire par­ta­ger au lec­teur leur vision de la société :
– L’ascension sociale et la chute. Le roman ou la nou­velle racontent l’i­ti­né­raire de per­son­nages qui cherchent à trou­ver leur place dans la socié­té. Ils luttent pour réus­sir mais leur quête se heurte aux obs­tacles d’une socié­té impi­toyable (Le Rouge et le Noir de Stendhal ; La Peau de cha­grin de Balzac ; L’Education sen­ti­men­tale de Flaubert),
– La puis­sance de l’argent. Le roman­cier sou­ligne le pou­voir de l’argent qui détruit toutes les valeurs morales. Il décrit les méca­nismes qui per­mettent aux ambi­tieux sans scru­pules de s’en­ri­chir au détri­ment des plus naïfs (Les per­son­nages du ministre, du ban­quier, de l’u­su­rier, du spé­cu­la­teur sont pré­sents dans de nom­breux romans réalistes),
– L’amour et le désen­chan­te­ment. Le héros réa­liste ren­contre la pas­sion, mais il affronte une socié­té égoïste dans laquelle l’a­mour roman­tique n’a plus sa place (Madame Bovary, de Flaubert, retrace le des­tin d’une héroïne dont les rêves d’a­mour se heurtent à la médio­cri­té du quotidien),
– La misère du peuple. Le roman réa­liste repré­sente les déshé­ri­tés de la ville ou de la cam­pagne, vic­times de la pau­vre­té et de l’in­jus­tice (Victor Hugo choi­sit le réa­lisme pour dénon­cer l’oppression du peuple dans Les Misérables).

Stendhal peut être qua­li­fié de roman­cier réa­liste dans une cer­taine mesure car ses romans se situent dans des milieux pré­cis décrit au moyen de petits faits qui donnent l’im­pres­sion de repro­duire la réa­li­té. En revanche, ses héros demeurent des per­son­nages excep­tion­nels et font part de leurs sentiments.
Balzac sera un modèle pour de nom­breux écri­vains qui se vou­dront réa­listes : les 50 volumes de sa Comédie Humaine pré­tendent dépeindre les lois de la socié­té et ses défauts dans le but de mon­trer au lec­teurs com­ment s’a­dap­ter. Il crée des cen­taines de per­son­nages qui gra­vitent dans de nom­breux milieux sociaux (aris­to­cra­tie, petite bour­geoi­sie, pay­sans, sol­dats, ouvriers) et nous obser­vons le monde qu’il décrivent : les nom­breuses des­crip­tion­sper­mettent de décrire la diver­si­té et l’im­por­tance des milieux pour l’a­ve­nir des per­son­nages. Flaubert est éga­le­ment un écri­vain réa­liste : il s’ef­force à tra­vers ses romans de “décrire le médiocre” la bana­li­té du quo­ti­dien et il tente de repro­duire les nom­breux détails qui entourent ses per­son­nages et qui le plus sou­vent , reflètent leur ennui, leur dés­œu­vre­ment ou leurs échecs. Victor Hugo lui aussi a eu une période réa­liste avec des romans comme Les Misérables, par exemple, où il essaie du repro­duire les milieux les plus variés en décri­vant le bagne, la misère et la mal­trai­tance ; Ses héros sont des vic­times du sys­tème social. Zola lui aussi montre tous les misé­rables de la socié­té , ceux dont on ne parle guère dans la lit­té­ra­ture : les pauvres, les petites gens, les ouvriers qui se tuent à la tâche, les mar­chands, les sol­dats, les pay­sans. Les 20 volumes des Rougon-Macquart ont comme sous- titre : Histoire natu­relle et sociale d’une famille sous le second Empire. Dans cha­cun de ces romans, Zola a tenté d’i­ma­gi­ner la réa­li­té sociale, poli­tique et his­to­rique de deux branches d’une même famille dont cer­tains membres ont une fêlure héré­di­taire. Il montre sur cinq géné­ra­tions, les aven­tures des per­son­nages de cette famille : l’un est méde­cin, l’autre ouvrier dans une mine, une troi­sième ven­deuse aux gale­ries Lafayette, un autre prêtre, un der­nier plus chan­ceux , devien­dra séna­teur. On compte éga­le­ment un artiste : un peintre , une pros­ti­tuée sur­nom­mée Nana, une lin­gère, un ouvrier zin­gueur, ainsi qu’un meur­trier, un conduc­teur de trains et un riche pro­mo­teur immobilier…
Zola va don­ner un nom à cette manière plus radi­cale d’en­vi­sa­ger les rap­ports entre la réa­li­té et le roman : le Naturalisme. Ce mou­ve­ment va cher­cher à mon­trer la réa­li­té sous toutes ses formes même les plus sor­dides les natu­ra­listes consi­dé­rant que “la nature de l’homme est la seule res­pon­sable de ses actes”. Les roman doivent aider les lec­teurs à com­prendre les rouages de l’homme et de la socié­té en décri­vant le plus scien­ti­fi­que­ment pos­sible, même les réa­li­tés les plus affreuses. Guy de Maupassant est le plus jeune des roman­ciers réa­listes de cette période : lui aussi s’ef­force de peindre les aban­don­nés , les lais­sés pour compte du sytème et de dénon­cer le men­songe qui gou­verne la socié­té. Le réa­lisme à ses yeux n’est que “l’illu­sion com­plète du vrai” et il écrit dans la pré­face d’un de ses romans : “les réa­listes de talent devraient plu­tôt s’ap­pe­ler des Illusionnistes.”

Le réa­lisme regroupe donc de nom­breux écri­vains qui se donnent comme mis­sion de mon­trer la réa­li­té telle qu’elle est pour nous per­mettre de mieux com­prendre le monde. Le roman est un ins­tru­ment d’ex­plo­ra­tion et d’é­lu­ci­da­tion du réel ; Zola envi­sage l’art du roman­cier comme un art expé­ri­men­tal au ser­vice du pro­grès. Les peintres réa­listes pour­suivent le même but.

gF&co

Partagez :
Pub…