Qu’est-ce que la monnaie hélicoptère ?

Temps de lec­ture : 2 minutes

La mon­naie héli­co­ptère est une pro­po­si­tion, dans l’air du temps, de nou­vel ins­tru­ment pour les banques cen­trales, qui leur serait utile pour retrou­ver la capa­ci­té d’agir sur l’inflation et sou­te­nir l’économie et qui pour­tant, ne les séduit pas.

Imaginez un ins­tant que vous rece­viez un SMS signé Christine Lagarde, Présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE), dont le conte­nu serait : « Installez la nou­velle appli­ca­tion ” BCE for people ” pour ouvrir votre compte de mon­naie numé­rique de banque cen­trale, où vous seront ver­sés 200 euros chaque mois pen­dant un an ». Ce serait une opé­ra­tion de mon­naie héli­co­ptère ! Le mes­sage pré­ci­se­rait que la Banque cen­trale a pour mis­sion pri­mor­diale de veiller à la sta­bi­li­té des prix et de votre pou­voir d’achat, de main­te­nir la confiance dans la mon­naie, de sou­te­nir l’économie quand elle en a besoin, de veiller au bon fonc­tion­ne­ment du sec­teur ban­caire et finan­cier, et que cette opé­ra­tion répond bien à ses mis­sions. Ce n’est encore qu’un pro­jet, mais il est sûr que pour cer­tains éco­no­mistes, cet ins­tru­ment ren­drait l’action de la banque cen­trale plus effi­cace qu’aujourd’hui.

Quel serait l’impact de la monnaie hélicoptère sur l’économie réelle ?

Pour tous les béné­fi­ciaires – les 288 mil­lions de citoyens de 15 ans et plus de la zone euro – ce serait aus­si­tôt une capa­ci­té de dépense sup­plé­men­taire. De quoi aug­men­ter ins­tan­ta­né­ment la dépense glo­bale. À sup­po­ser qu’en moyenne ne serait-ce que 50% de la somme reçue soit dépen­sé (les 10 % les plus riches en dépen­se­ront sans doute moins, mais les 90% res­tant assu­ré­ment plus), la cas­cade de reve­nus en résul­tant ferait à peu près dou­bler la dépense ini­tiale. Donc, en ver­sant quelques 60 mil­liards par mois, la BCE ferait aug­men­ter d’autant la dépense glo­bale. Un résul­tat bien supé­rieur à ce qu’elle obtient aujourd’hui, quand elle prête aux banques et achète des titres sur les mar­chés de la dette. Et comme la masse de dépenses effec­tuées le serait dans l’économie réelle, cela ferait remon­ter l’inflation, ce qui serait non pas un pro­blème mais une solu­tion dans les situa­tions d’insuffisance de demande et de défla­tion latente où serait uti­li­sée la mon­naie héli­co­ptère. Une fois la cible d’inflation atteinte, les ver­se­ments ces­se­raient. La Banque cen­trale retrou­ve­rait la capa­ci­té de pilo­ter l’inflation, ce qu’elle n’a plus du tout avec ses opé­ra­tions actuelles. Légalement, rien n’interdit une telle opé­ra­tion, si elle concerne les ménages, voire les entre­prises, et non les États. Mais alors pour­quoi les banques cen­trales se refusent-elles d’y pen­ser pour le moment, alors même que leurs pro­jets de mon­naie numé­rique de détail, une fois abou­tis, ren­draient tout à fait pos­sible l’opération ? (…) 

Une banque cen­trale n’est ni une entre­prise ni une banque com­mer­ciale. Ses enga­ge­ments sont en mon­naie cen­trale, qu’elle est en capa­ci­té de créer autant que de besoin, tant que demeure la confiance dans son action, ce qui tient sur­tout à sa com­mu­ni­ca­tion. Rien n’empêcherait de trou­ver une solu­tion comp­table, comme un actif non exi­gible pour équi­li­brer l’opération et ne pas enre­gis­trer la perte. (…)

La monnaie hélicoptère obligerait à reconnaître que l’économie pourrait profiter bien davantage qu’aujourd’hui de l’action des banques centrales

Il est pro­bable aussi que ce nou­vel ins­tru­ment révèle l’étendue du pou­voir moné­taire de ces ins­ti­tu­tions non élues. Un pou­voir qu’il est pour­tant urgent de mettre au ser­vice de la socié­té tout entière. 

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